Personnalité du mois

Jean-Marie Rousseau et la savate en Chine

September 19, 2010 194 news.views

Qui êtes-vous ? C'est une question que je me pose tous les jours, car je me cherche depuis longtemps sans jamais me trouver. Je sais seulement qu'après 63 ans d'existence, je ne suis pas un être pleinement épanoui, mais que je continue à...



Qui êtes-vous ? 

C'est une question que je me pose tous les jours, dans la mesure où je me cherche depuis longtemps sans jamais me trouver.  Je sais seulement qu'après 63 ans d'existence, je ne suis pas un être pleinement épanoui, mais que je veux encore me découvrir... Pour la savate, qui est notre sujet, je suis bien conscient d'être entré dans ce monde très tard, vraiment par hasard, après avoir grandi dans un environnement sportif et avoir tenté en vain de briller dans beaucoup d'autres sports pendant mes études. 



C'est en fait au restaurant universitaire du boulevard Raspail à Paris que je suis tombé sur une petite affiche annonçant le début d'un cours donné par Michel Marlière, professeur de sport et d'éducation physique dans les universités locales, notamment à Jussieu. C'est là, au début des années 1970, que ma passion pour la « boxe française » (on n'osait plus dire « savate » à l'époque) a commencé. Je peux aussi dire que la savate a été l'un des éléments fondateurs de ma vie.


Comment vous êtes-vous engagé dans la savate ? 

« Engagé » est le terme approprié car, dès le début, je me suis lancé dans la pratique de la savate, non seulement en tant que pratiquant, mais en m'y consacrant corps et âme. Je ne suis jamais allé très loin dans les compétitions, mon plus grand triomphe ayant été une victoire « médiocre » dans les championnats universitaires.  Parallèlement, j'ai adhéré à la Fédération française (alors affiliée à la Fédération française de judo et des sports associés), pratiqué la canne et rapidement enseigné les deux disciplines, avant de devenir Gant d'argent, puis Moniteur, puis Professeur et « militant » à tous égards : j'avais notamment lancé un journal bimestriel, « Le Petit Boxeur Français Illustré », dont j'étais le rédacteur en chef (Frédéric Aymard était le directeur de la publication), sous le patronage du comte Pierre Baruzy et sous la protection de tous les grands acteurs de l'époque, Bernard Plasait, Marc Kunstlé, Bob Alix, et soutenu par de formidables champions comme Guillaume, Paturel, Charmillon, Augais, puis Richard Sylla bien sûr... Toutes mes excuses à ceux que j'oublie, mais que j'admirais tout autant !  


La savate est-elle votre métier ou votre passion ?

J'avais prévu d'exercer un métier important et je n'ai pas peur de dire que la savate m'a permis de financer une partie de mes études, car j'étais déjà père de deux enfants (j'ai eu cinq enfants qui ont tous pratiqué la savate et dont l'un a été champion de Belgique en « combat » l'année dernière).  J'ai enseigné à la Cité universitaire d'Antony (Croix de Berny), à Cachan et dans le studio du Stade Français, rue de Chazelle à Paris.  Quelques années après être entré dans la vie professionnelle, j'ai repris l'enseignement de la savate, en plus de mon travail à Tours, où j'ai organisé de grands tournois internationaux de savate (avec mes amis et élèves Robert Mander et Jean-Luc Stiévenard), qui m'ont coûté beaucoup d'argent malgré des salles de 3000 places pleines à craquer.


Que pensez-vous avoir accompli dans la savate ?

Je comprends le sens de votre question, mais l'anglicisme du mot « achevé » m'incite à répondre que je n'ai jamais « achevé » quoi que ce soit, pas même mes partenaires de combat les plus dociles.  Pour répondre plus concrètement à votre question, j'ai réalisé certains rêves, dont le plus glorieux a été la création de la Fédération internationale de savate en 1985, sous la présidence d'honneur du comte Pierre Baruzy et à l'instigation du président de la Fédération française de BF Savate, Pierre Gayraud.  J'étais alors vice-président de cette fédération française, avec des responsabilités « internationales », et nous avions, ensemble, en tant qu'équipe d'amis et de collègues, entrepris avec succès cette formidable aventure en compagnie d'une poignée d'autres pays. J'ai récemment lu qu'il y avait dix autres pays membres, parmi lesquels je me souviens de la Belgique, de l'Italie, des Pays-Bas, de la Yougoslavie, du Sénégal...  J'ai présidé cette Fédération internationale pendant trois ans, mais j'ai dû interrompre brusquement mon mandat à la suite d'une mutation professionnelle au Rwanda, en Afrique. Néanmoins, pendant cette courte période, j'ai mené à bien des missions importantes dans de nombreux pays, parmi lesquels j'aime particulièrement citer les États-Unis.  Je m'y suis rendu à plusieurs reprises, souvent accompagné de responsables tels que Michel Roger, mais aussi de champions, hommes et femmes, qui ont marqué la savate internationale, comme Gilles Le Duigou, actuel président de la Fédération internationale de savate, ou Hubert Abella, assistant DTN qui m'a accompagné le mois dernier dans notre mission en Chine. 


Quel est votre rôle dans la savate aujourd'hui ?

Je suis revenu à la savate en tant que spectateur et supporter de mon fils Benoît, mais une conjonction de circonstances m'a permis de reprendre temporairement certaines responsabilités. Cette année, j'ai reçu coup sur coup une invitation à participer à une importante délégation de la FIS pour une reconnaissance par le CIO (pour rencontrer Jacques Rogge) à Lausanne. Mes pairs m'ont gentiment inclus en tant qu'ancien président et je leur en suis extrêmement reconnaissant.  À la suite de cela, il a été proposé de présenter la candidature de la savate comme sport de démonstration aux premiers Jeux mondiaux de combat à Pékin, du 28 août au 5 septembre 2010. L'admission de dernière minute de la savate à ces championnats SportAccord, en coopération avec les autorités chinoises, n'a pas été facile. Vous pouvez imaginer à quel point il a fallu argumenter, vendre, implorer pour obtenir cette place !


Que pensez-vous du développement international de la savate ?

Je réponds immédiatement que j'apprécie et (pourquoi pas) que je suis reconnaissant envers les présidents qui m'ont succédé, Alain Salomon, Michel Roger, Alexandre Walnier, Jean Houel, mais surtout envers le président actuel, mon ami Gilles Le Duigou, pour le travail accompli et les résultats obtenus. Passer de onze pays (y en avait-il autant ?) à soixante-six pays affiliés est déjà remarquable.  Pouvoir organiser chaque année des compétitions internationales dans les trois disciplines, Assaut, Combat et Canne, pour les athlètes masculins et féminins, de même que pour les élèves et les étudiants, dans toutes les catégories de poids, me laisse une admiration sans bornes. 


Quelles sont vos intentions/idées pour l'avenir de la savate ? 

Tout simplement, parce que je ne peux pas terminer cette interview sans expliquer pourquoi je suis revenu à la Savate et ce qui me motive à nouveau à me lancer dans cette aventure, je tiens tout d'abord à rappeler ma solidarité avec tous ceux qui apprécient nos valeurs et ont goûté aux joies de notre sport convivial. 

La mission que j'ai menée à Pékin le mois dernier avec Joël Dhumez, vice-président de la Fédération française, et d'autres fédérations, confédérales et internationales (rien de moins), avec Hubert Abella, assistant DTN, et les quatre formidables athlètes de savate (Mike Lambret, Tony Ancelin, Christelle Lambret, Cindy Demarle), s'inscrivait dans le cadre du plan de conquête internationale de la savate. 

Deux objectifs très précis animaient l'équipe qui s'est rendue à Pékin pour les World Games. En collaboration avec le président Gilles Le Duigou et avec l'aide précieuse de Julie Gabriel en matière de communication, nous nous étions fixé deux objectifs principaux : 

- D'une part, la reconnaissance définitive de notre sport, la savate, dans la vitrine de SportAccord, et

- D'autre part, l'introduction de la savate en Chine, la plus grande nation sportive du monde depuis les Jeux olympiques de 2008. 

Nous pouvons considérer aujourd'hui que ces objectifs sont en bonne voie d'être atteints. Ils sont amorcés et doivent être confirmés, nous ne devons pas nous contenter de portes entrouvertes, mais les « convertir » comme on dit au rugby.

À Pékin, avant la cérémonie de clôture des Jeux, le président de SportAccord lui-même, M. Hein Verbruggen, a accordé à toute la délégation de savate un entretien au cours duquel il a confirmé la participation de notre sport aux prochains Jeux. Le soir même, nous avons été invités à la cérémonie de clôture des Jeux et avons été accueillis par des mots de bienvenue et d'encouragement de la part de tous les membres officiels des SportAccord Combat Games.
Les réseaux des Centres culturels français et des Alliances françaises en Chine (un groupe de quinze répartis dans toute la Chine), sensibilisés par la remise de documents (historiques et culturels) par les services culturels de l'ambassade de France à Pékin, devraient être informés, à la suite de notre discussion avec le Centre culturel français de Pékin, de l'opportunité de proposer des cours de savate. 

Du côté chinois, les liens déjà établis, à commencer par l'important Centre d'administration des compétitions sportives de Pékin et son directeur, M. Sean HAI (HAI Si Wen), nous ont promis le bénéfice de leur soutien pour nos prochains projets ou travaux avec les responsables du sport chinois. 

En outre, la Beijing Bokesen Sport Culture Development Company Ltd, une organisation sportive privée en Chine, a discuté d'un projet de coopération très prometteur.  Cette société, en collaboration avec la télévision chinoise CCTV et avec le soutien des autorités publiques chinoises, a proposé, lors de la réunion de notre délégation avec sa présidente, Mme LIU XiaoHong, et son directeur, M. ZHOU Jianjun, de préparer des accords de coopération afin de permettre rapidement la participation de la savate à leurs championnats nationaux et internationaux, avec la suggestion de commencer par des séminaires de sensibilisation et de formation à la savate.  Il est clair que nous n'en sommes qu'au début d'une telle coopération, mais cela montre notre volonté de gagner à notre cause la grande nation sportive qu'est la Chine. Toute cette histoire de rencontre entre les cultures est ambitieuse et donne un aperçu provisoire de l'avenir de la savate... une histoire dans laquelle j'aimerais jouer un rôle.

 


 

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